The show must go on.

(Queen, 1991)

Après mon retour le mercredi à 12h30 chez moi et environ 5h de sommeil cumulées pendant les 48 dernières heures, je me prépare à aller à l’ESCP-EAP le jeudi : rendez-vous à 7h station Rue Saint Maur… The show must go on.

paris_campus1.gifJe me réveille à 5h30 et file à 6h10. Arrivé comme prévu à 7h10, je me dirige vers l’école. Là on m’offre mon petit sac ESCP-EAP, qui contient entre autres un petit t-shirt et une tasse. Puis je rentre dans le bâtiment pour me restaurer : les pains au chocolat sont particulièrement bons. Un jeune homme venant de Nice me cause : “Et moi en fait j’ai fait ECS mais en deuxième année, la première je faisais maths sup et on m’a viré; alors à chaque fois je dis aux entretiens que j’ai fait maths sup pour avoir plus de facilités en maths, ou bien que ça ne me correspondait pas”. Passionnant. “Et un jour j’ai prêté mon pull à ma cousine… Alors j’ai du dormir dans la chambre du pape”. Etonnant. Très vite je suis invité à me diriger vers la salle d’examen (ouf…) où je vais pouvoir préparer ma première épreuve : l’économie. Autant dire qu’à ce moment je m’attends à tout et à rien.

J’arrive devant la salle avec deux personnes, vraisemblablement moins perdues que moi. On s’installe et on nous distribue nos sujets, personnalisés (mon nom est marqué en haut de la feuille : devrais-je en déduire que mon sujet était en accord avec mon nom…?). Je lis mon sujet : Déficit public et croissance. Je suis un peu soulagé : ça n’est pas trop pointu et ça n’est pas un thème vraiment inconnu.

30 minutes pour préparer, ou 20, je ne sais plus. Je fais un exposé où je décide finalement de ne m’intéresser qu’aux conséquences que peut avoir un déficit public sur la croissance et abandonne la liaison inverse (à mon sens, sans véritable intérêt, mais bon…). Je fais un plan chronologique en distinguant une période keynésienne de 45 jusqu’à 75 environ, puis une période friedmanienne de 75 à aujourd’hui, et enfin une partie sur la période actuelle, et le problème de l’intervention de l’Etat dans le domaine de la recherche et de l’innovation.

Temps de préparation terminé je me présente au jury et je commence mon exposé. J’ai quelques difficultés, j’ai du mal à enchaîner correctement mes idées… mon jury fronce les sourcils. Passons. Après mon exposé les questions commencent : tout d’abord si je sais à quand il faut remonter pour trouver en France un équilibre budgétaire… Emporté dans mon élan je réponds bêtement 2003, confondant équilibre budgétaire et équilibre de la balance commerciale, c’est vous dire combien je suis mauvais! Et je ne sais pas leur répondre quand ils me demandent à combien est actuellement le déficit budgétaire français, même pas en pourcentage (il aurait pourtant suffit de réfléchir… Vous allez comprendre). “Vous avez eu raison de parler de Keynes et de Friedman. Vous avez parlé d’investissement et d’entraînement sur la croissance : vous pouvez nous dire de quel mécanisme il s’agit exactement?”. Le multiplicateur keynésien. “Bien, et vous pouvez en deux-trois équations retrouver la formule de ce mécanisme?”. “Euh… écoutez je peux aller au tableau je vais tenter de le retrouver”. Je vais au tableau, en tentant de me souvenir des cours de M. Cornu… Je pose la base : Y = C + I. On m’aide en me demandant ce à quoi correspond C; je dis que C est une fonction décroissante du revenu dépendant de la propension à consommer : C = cY + (C) ((C) est la part irréductible de consommation). Je remplace dans l’équation principale et arrive finalement à l’équation voulue (en 5-6 étapes) : Y = (1/(1-c)) * (C + I). C’est bon; on me demande maintenant une explication concrète du phénomène. Je m’exécute. Je retourne ensuite m’asseoir. Là quelques questions sur les possibles effets de la croissance sur le déficit public. Je leur parle des recettes de l’Etat et des administrations publiques plus généralement. “Et il n’y a pas en Europe des mesures qui limitent le déficit budgétaire?”. “Si, bien sûr, nous ne pouvons dépasser un déficit équivalent à 3% du PIB”. “Très bien, et donc tout à l’heure nous vous avons demandé si vous saviez à combien s’élevait actuellement le déficit budgétaire français; auriez-vous une idée maintenant?”. Je comprends mon erreur quelques minutes plus tôt : celle de ne pas avoir réfléchi. Je réponds donc qu’il est en dessous de 3% du PIB, assez proche. Enfin dernière question : “Vous avez parlé d’innovation à la fin de votre exposé. Est-ce que vous pouvez nous dire quels sont les cinq types d’innovation chez Schumpeter?”. Je n’en connais aucune.

Au revoir. Je retourne vers la salle où nous sommes accueillis. J’ai près de deux heures avant ma prochaine épreuve : anglais. Ce temps de pause me permet de préparer mon questionnaire en trois exemplaires (sachez que vous pouvez arriver avec un seul exemplaire et que vous avez la possibilité sur place de le faire photocopier : le BDE s’en charge gratuitement!). C’est également à ce moment que je rencontre un ancien Vilgénien qui a cubé à Henri IV, dans la cour de l’école. Nous échangeons nos impressions sur les concours et sur les épreuves orales; puis il me donne brièvement une appréciation de l’enseignement proposé à Henri IV.

Arrive l’heure d’aller me présenter pour mon épreuve d’anglais. Assis devant la salle je discute avec les deux personnes qui sont à mes côtés : une à passer son épreuve d’économie et son sujet était beaucoup moins sympa que le mien : “Assiste-t-on à une inflation des diplômes?”. L’autre qui ne l’a pas encore passé pose mille questions, inquiet, surtout qu’il a entendu parler d’autres sujets du type : “L’individu et la société dans les analyses de Weber et Durkheim”.

On rentre préparer notre texte : le mien parle de l’American Citizenship Test. Plutôt intéressant; mais je ne comprends pas tout. 20 minutes et hop! , on m’emmène dans la salle. je refuse d’avoir des spectateurs. Le jury, composé de deux femmes, m’accueille. Je fais mon résumé et mon commentaire, en disant que ce test est absurde : la citoyenneté ne se mesure pas avec des connaissances géographiques, historique, etc… même si cela permet de comprendre un contexte actuel. On discute, tout se passe bien, jusqu’à ce qu’une des personnes du jury me soutienne que les gens des ghettos connaissent Rachida Dati : son origine, ce qu’elle a fait, etc… et qu’elle aura certainement une influence sur le développement des cités et l’intégration de ces quartiers… dubitatif je m’obstine à lui dire que non et me retient de lui dire que certainement elle n’a jamais du sortir de Paris et faire un tour dans le 93. Bien évidemment il m’est difficile de le dire moi-même car je suis à peu près dans le même cas, et finalement nous parlons tous les deux de quelque chose que nous ne connaissons pas. J’abandonne, et l’entretien se finit; je m’en vais.

Je retrouve l’ex-Vilgénien à midi pour aller déjeuner. Ayant participé à la journée de l’ESCP-EAP “Passeport Pour l’Oral”, je sais qu’il ne faut pas se laisser avoir dans cette cantine : les frites et les pizzas sont au fond de la salle, cachées. On déjeune, puis je vais faire un tour au BDE, pour finir mes questionnaires. Je discute un peu avec des personnes du BDE; elles me racontent comment s’organise la scolarité, ce qu’elles pensent de l’enseignement (intéressant) et des possibilités offertes par l’école. C’est instructif et ça donne vraiment envie d’y aller.

L’épreuve d’entretien approche. Encore une fois je suis conduit à l’étage où l’action se passe, et on me poste devant ma salle. Je suis dans la première session de l’après-midi : le jury fait connaissance avant de me demander de rentrer. Je les entends parler de choses et d’autres, et une chose attire mon attention : “Bon, alors il ne faut pas parler des transsexuels…”. Petits rires. Ouf, ça fait déjà un sujet embarrassant en moins! Enfin ils viennent me chercher, me proposent une boisson (je prends de l’eau). Ils se présentent… mais je ne me souviens pas de grand chose, si ce n’est qu’il y avait deux chefs d’entreprise, et une personne de l’administration. Je me présente à mon tour; directement une question pour que j’explique les raisons de mon manque de mobilité (sur le questionnaire est demandé de relater nos expériences de l’étranger : je n’en ai mis que deux). Je suis honnête et dit qu’il s’agit de raisons financières. On me demande alors pourquoi je n’ai pas travaillé, pour “mettre du beurre dans les épinards” (car il faut aussi dans le questionnaire mettre nos expériences professionnelles). Je dis que je ne sors pas constamment et que quand je sors je ne dépense pas énormément; mais que j’ai bossé à deux reprises, et que si je ne l’ai pas mis dans mon questionnaire c’est parce que c’est inintéressant et que ces expériences ne m’ont rien apporté (le travail était nul, et je travaillais chez moi je n’ai donc rencontré personne). Puis on embraye sur mon projet professionnel. On me pose différentes questions pour approfondir… je vous passe les détails. Je ne mettrai ici que quelques questions gênantes : “Que pensez-vous de l’ouverture du secteur de l’électricité aux entreprises privées?”. Je dis que c’est intéressant pour le consommateur mais que j’ai peur que les PME qui vont y avoir accès, comme Poweo, ne fournissent pas un service de qualité. “Est-ce que vous connaissez un autre pays où cela aurait déjà été fait?”. Je pense à l’Allemagne mais hésite; et finalement on ne me laisse pas répondre et on me dit directement que l’Allemagne l’a déjà fait il y a 7 ou 8 ans. “Est-ce que vous pensez que le service dans ce domaine pose problème en Allemagne?”. On en entend pas parler, alors j’avance l’hypothèse que certainement cela fonctionne plutôt bien. “Alors pourquoi pensez-vous que cette même mesure va poser des problèmes en France et que les services seront de moins bonnes qualité?”. J’hésite : je parle du fonctionnement de l’économie allemande autour des PME et de la différence avec la France où ces entreprises ont du mal à sortir la tête de l’eau. “Quelles sont les qualités que vous avez qui vous amènent à penser que vous feriez un bon manager ?”. J’ai l’esprit d’équipe, je suis quelqu’un de persévérant, et … and, well, I know how to manage a group, I’ve been captain of a volley-ball team (et oui, à l’ESCP-EAP, on peut vous poser deux ou trois questions en anglais, pour tester votre réactivité : moi on m’a coupé en plein milieu de ma phrase). “And what is your biggest weakness ?”. Une idée, vite… Hmmm… I’m too gentle, too cool. “What do you mean ?”. I mean that maybe people can rebel easily with me…

Je sais, c’est minable, mais que voulez-vous? Enfin voilà, on revient en français à la demande d’une des personnes du jury qui veut me parler de mes expériences professionnelles. Une personne dans le jury aime me taquiner depuis le début et m’enchaîne sur des questions du type “Que pensez-vous de la loi qui est passée sur les golden parachutes ?”. “Pensez-vous que la TVA sociale soit une bonne chose ?”. “Quelle est la question que vous n’aimeriez pas qu’on vous pose ?” (Là j’ai dit un truc stupide, car je m’attendais à ce qu’ils me la posent : “Que vous me demandiez de vous appeler chacun par un nom d’animal”. Ça a eu le mérite de les faire rire). “Et au contraire que vous voudriez qu’on vous pose ?”…

L’entretien se finit, et je ne suis pas mécontent. C’était même plutôt plaisant. Je retourne dans le hall d’accueil et discute avec un mec de l’école. Je fais aussi un ping-pong avec une fille de l’école (à ce propos : c’est vraiment très dur de faire un ping-pong quand on est en costard. C’est l’humiliation).

Il est 16h30 et je me dirige vers la salle où se déroulera ma dernière épreuve : l’espagnol. Rien d’intéressant à dire, vu que mon texte était inintéressant : il parlait des vieux en Espagne, de leur situation, et pour un article d’El Paìs c’était écrit bizarrement (le journaliste se prenait pour un romancier… ou alors c’était un romancier qui voulait s’essayer au métier de journalisme, je ne sais pas). Le jury me pose des questions et me fait répéter plusieurs fois la même chose… ça m’agace, eux aussi. Je fais des fautes… de toute façon la journée est finie et ça n’est pas plus mal.

Il est 17h30 et après avoir parlé avec une fille que j’avais rencontrée un peu plus tôt avant l’épreuve d’espagnol, je file prendre le métro pour rentrer chez moi et me préparer pour passer l’ESSEC, le lendemain. The show must go on…

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