Ce soir, en regardant les étoiles, j’ai vu dans le ciel, quelque chose qui brille, brille, brille…

Oh ma bonne étoile… (Mathieu Chedid, 2003)

Retour de l’ESCP-EAP, je décide finalement de dormir chez moi. J’annule la chambre que j’avais réservée à l’ESSEC. Rendez-vous à 7h30 le matin à Cergy ; départ de chez moi à 6h10.

Arrivé à l’ESSEC, je tombe sur quelques amis venant d’autres prépas. Je file rapidement vers le bâtiment où je dois passer l’entretien, ma première épreuve, à 8h30. On me donne mon questionnaire (où il ne me reste qu’à remplir la partie réflexion : un texte de 1954 qui traite de la construction européenne et des liens que conservent certains pays avec l’Afrique).

Je finis de remplir ce questionnaire, non sans difficulté. Puis je patiente devant ma salle : une des personnes du jury se fait attendre. Finalement cette personne ne viendra pas : elle est remplacée par un homme. Le jury prend mon questionnaire, me fait encore attendre un peu, puis me fait entrer. Les personnes se présentent : un élève en dernière année, un « chasseur de tête » (celui qui n’aurait pas du être dans le jury, à mon grand désespoir), et un sociologue. J’ai peur, j’appréhende les questions sociologiques et psychologiques… je vais être servi ! Une bouteille d’eau et un verre sont mis à ma disposition : j’en ferais largement usage. Je me présente à mon tour, et nous enchaînons sur mon projet professionnel. Ils trouvent bizarre que je veuille construire ma propre entreprise et me disent qu’après tout n’importe quel diplôme d’école de commerce peut très bien me permettre d’y arriver. J’explique que j’ai conscience qu’il me faudra travailler d’abord pour une autre entreprise du domaine qui m’intéresse pour y acquérir les compétences nécessaires à ce que je veux faire. Puis ils me demandent pourquoi je n’ai pas fait une école d’ingénieur plutôt ; je réponds que c’est parce que ce qui m’intéresse c’est le management et que mon objectif est construire une entreprise, que certainement avec un diplôme d’ingénieur j’aurais plus de mal à le faire. Ils acquiescent, puis nous passons à mes passions : je parle du volley. Le sociologue me dit que je ne semble pas vraiment passionné ; je lui réponds que je n’aime pas le terme de passion, qu’il contient toujours l’idée d’obsession, et que pour moi le volley est une pratique, que je serais incapable de leur donner le nom des joueurs de l’équipe de France. J’ai le droit à quelques question du « chasseur de tête », qui me dit explicitement qu’il cherche à me piéger… mais le faisant avec le sourire, il ne me perturbe pas vraiment ; il est même plutôt sympa. Il me demande notamment s’il n’est pas paradoxal que la valeur en laquelle je crois le plus soit l’honnêteté (question posée dans le questionnaire) et que je veuille construire une entreprise. Je réponds toujours avec honnêteté ; je ne sais pas si ça paye mais du moins je parviens à me défendre.

D’un coup, sans prévenir, l’élève me demande : « Qu’est-ce qui vous fait rêver ? ». Et bien… c’est-à-dire que… Hmmm… Là je m’en sors en parlant de la vie que je me vois mener dans dix ans : une vie professionnelle avec un travail qui m’intéresse, une vie familiale, et un équilibre entre ces deux parties. On enchaîne sur des questions d’éthique : les rapports, paradoxaux, entre mon projet professionnel qui s’inscrit dans le développement durable et le fait qu’avant tout une entreprise cherche le profit… qu’après tout je vais peut-être chercher à gagner beaucoup d’argent dans ce secteur qui est en explosion, tout en gardant bonne conscience. J’explique mes motivations, ce qui fait que je m’intéresse à l’éco-construction, mais que bien sûr je n’oublis pas que l’objectif reste le profit. J’ajoute que l’on peut rester fidèle à ces valeurs, que tout dépend de la façon dont on fait usage du profit : s’il est réinvestit dans la recherche et l’innovation, on ne s’écarte pas du but premier, qui est agir en faveur de la sauvegarde de la planète. Je pense que je m’en sors assez bien. Puis viennent quelques questions sur mes hobbys : la lecture. Je dis que c’est avant tout un bon moyen de se détendre, et aussi que ça donne des sujets de réflexion ; que je lis beaucoup de romans policiers, des Agatha Christie et des Conan Doyle, mais que je lis aussi d’autres livres… ça ne les intéresse pas du tout (tu m’étonnes !) et ils passent.

Finalement on me demande si j’ai une question à poser. Je dis que j’aimerais bien qu’ils me répondent à celle que j’ai écrite dans le questionnaire, à savoir si ils ont un conseil à me donner pour vivre ma scolarité à fond. C’est l’étudiant qui répond : ils me dit qu’il me faut être à la tête d’une association, que c’est très formateur, qu’on y apprend des choses qu’on ne voit pas en cours. Je lui demande s’il a lui-même géré une association, et il me répond que oui (BDE et autres…). Là l’étudiant m’arrête et me pose une dernière question : « Etes-vous admissible partout ? ». Oui (même si c’est pas vrai, vu que je ne le suis pas à Lyon, mais je me dis qu’il vaut certainement mieux ne pas le dire). « Et vous avez une école coup de cœur pour le moment ? ». Non, je vais d’école en école et je découvre ainsi les ambiances, et pour le moment je n’ai visité que trois écoles ; cependant il est vrai que l’accueil qui nous a été réservé le jour des tests psychotechniques était vraiment très sympa. Le sociologue surenchérit : « HEC, ESSEC, laquelle choisissez-vous ? ». Je n’ai pas fait mon choix pour le moment, surtout que je ne suis encore jamais allé à HEC ; mais pour être tout à fait honnête HEC est à côté de chez moi, ça m’arrangerait donc d’un point de vue financier (ça les fait rire). J’ajoute que les valeurs d’HEC ne me correspondent pas vraiment, à la différence de celles de l’ESSEC.

C’est fini, et je sors assez content. Je retourne dans me hall d’accueil où je retrouve des amis et l’ex-Vilgénien. Je profite de ce moment de pause pour me restaurer, et pour voir également dans quelle salle je dois me rendre pour l’espagnol.

L’heure approche et je vais dans le bâtiment qui m’a été indiqué. J’attends 5 minutes puis on me donne un texte que je dois préparer en 20 minutes dans une salle. Il parle du rôle des femmes dans la société, qui prend de plus en plus d’importance aujourd’hui. Je fais un résumé bref et un commentaire axé autour de ma vision du travail des femmes et de sa valorisation, et de l’exemple français. J’avale un verre d’eau (c’est magique à l’ESSEC : on nous offre des boissons tout le temps). Mon espagnol est plutôt bon il me semble, malgré quelques hésitations. Surtout, n’ayant qu’une personne en face de moi, je suis plus détendu. Nous entamons la discussion, puis nous dérivons sur autre chose : mes voyages, ma culture du monde hispanique (je parle du film Mar Adentro). L’examinateur met fin à l’entretien avec un « Bien, bien, muy bien ». Je sors encore une fois content, sentant que je n’ai pas fait trop de fautes, et que tout s’est plutôt bien passé.

Encore un passage par la case Accueil. Je vais déjeuner à l’extérieur avec une amie (le BDE proposait des salades, faites par les élèves…). Puis nous revenons et je file en anglais à 13h20. On me donne un texte sur Al Gore et son livre qui traite de la protection de l’environnement (un texte en français, tiré du magazine Le Point, qui est principalement composé d’un extrait du livre d’Al Gore. Et oui, à l’ESSEC on vous donne un texte en français qu’il faut présenter et commenter en anglais). Je suis plutôt confiant étant donné que ce texte touche au domaine qui m’intéresse : l’écologie. J’ai trente minutes pour préparer, mais le temps passe et au bout de trente cinq minutes j’ai déjà fini et décide de quitter la salle de préparation. Je frappe à la porte et on vient m’ouvrir.

Je me sers un verre d’eau (encore un), et je fais mon résumé en anglais, rapide, puis je passe au commentaire : je parle de l’importance du débat soulevé en partie par Al Gore, mais m’étonne de ce que ce dernier mette en avant comme objectif principal la nécessité de stabiliser la croissance démographique, et seulement en cinquième position la prévention et l’explication des phénomènes climatiques. Je cafouille plus qu’en espagnol, je suis plus hésitant, malgré tout j’ai le sentiment de me faire comprendre. Comme le veut l’exercice à l’ESSEC, nous parlons de moi, après avoir parlé brièvement du texte d’Al Gore. On me demande pourquoi je veux faire une école de commerce, ce qui fait que j’ai envie de travailler dans le domaine de l’éco-construction, etc… Les quarante minutes passent vite, et je sors, une fois de plus, satisfait. J’ai le sentiment d’avoir exprimé mes motivations et mes craintes, et ce sans trop de difficultés, même si je cherchais souvent mes mots.

La journée est finie ; je sors et me dirige vers la gare. Je prends mon train, emballé par cette journée. J’ai le sentiment d’avoir plutôt bien réussi… Cependant je n’oublies pas que la sympathie du jury n’est pas un bon indicateur de la note aux concours. Je fais confiance à ma bonne étoile.

Dites quelques mots